En 1975 René Lepallec, un membre éminent de Résurgence, rédigeait cette histoire des fortifications de Vendôme. Il nous la raconte de leur origine jusqu'à leur démantèlement et décrit avec précision ce qu'il en reste. En voici le texte intégral et les illustrations originales.
L'histoire des remparts de la ville de Vendôme semble bien débuter en l'an de grâce 1227. Jusqu'à cette époque seul le château était ceint de murailles. La ville même n'en possédait point. Les nombreux bras du Loir lui formaient il est vrai une défense naturelle. Néanmoins, lorsque son castellum était assiégé, elle était assez facilement investie et vouée au pillage, selon les us et coutumes du temps.
C’est d’ailleurs ce qui s’était passé en 1173 quand elle avait été prise par le roi d’Angleterre Henri II. En 1188 Philippe Auguste l’occupa, et de nouveau en 1194. Philippe Auguste n’avait pu s’emparer du château lui-même : il finit par évacuer la ville mais ne put éviter l'attaque par surprise et la destruction de son convoi de vivres et de munitions près de Pezou.
Or en 1227 la reine Blanche de Castille vint chercher refuge au château avec son fils le futur Saint-Louis, alors âgé de douze ans. Elle tenait à le mettre à l'abri des complots des grands vassaux qui supportaient difficilement sa régence. Le 16 mars, un traité fut signé au château entre Blanche de Castille et les Comtes de la Marche et de Bretagne. La tradition rapporte que ce fut Saint-Louis lui-même qui ordonna que fût entreprise la construction de murailles pour défendre la ville au Nord, ainsi que de nouvelles tours au Sud du château regardant vers Blois, créant une vaste place forte protégée de tous côtés. C'est à Saint-Louis également que serait due l'érection d'une porte fortifiée sur le pont Chartrain. Il semble qu'auparavant on entrait dans la ville par la Porte Parisienne, située à l'extrémité de la rue du même nom. Une maison ancienne en occupe actuellement l'emplacement.
Le Comte Jean V qui recevait ses hôtes royaux, fit alors lever sur les instances des baillis et échevins, un impôt qui porte le nom pittoresque de Vire-Vire pour en financer la construction.
Quelle fut alors l'étendue exacte de ces fortifications ? C'est assez difficile à préciser. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elles ne furent pas complètes ou bien qu'elles avaient été promptement endommagées, car nous voyons qu'en 1346, sous Jean VI, 17ème Comte de Vendôme, on se mit à élever à la hâte une enceinte continue, flanquée de tours de loin en loin. Peu de temps plus tard, en 1356, la défaite de Jean Le Bon à Poitiers avait ouvert nos provinces aux incursions des bandes anglaises.
En 1359, nouvel édit du Comte pressant la mise en défense des dites fortifications. Il y avait bel et bien urgence, puisqu'en 1361, deux ans plus tard, la ville était prise en avril par les Grandes Compagnies, Normands et Gascons, commandés d'ailleurs par le Capitaine Robert Marcault qui se disait lui même « Anglais ». Ils occupèrent la ville pendant deux mois, jusqu'à l'Ascension. Pillage rituel faisant suite à la prise du château.
En 1367, la Comtesse Jeanne de Ponthieu, veuve du Comte Jean VI, obtint du Roi Charles V l'autorisation de garder par devers soi, 600 francs en or sur les Aydes fournies à la couronne par le Comté, afin de réparer et consolider les murailles du château. Dans celles-ci toutefois, étaient comprises les fortifications de la rue Ferme (via firmata), baille avancée couvrant le château le long du Loir.
On voit donc que la mise à l'abri de la ville derrière des murailles sûres était le souci constant des Comtes et des bourgeois. On peut penser que chaque habitant, aussi humble fût-il, se sentait littéralement et étymologiquement « concerné » par leur construction et leur entretien. Il y allait de ses biens et souvent de sa vie dans une époque oh combien troublée !
Les « Anglais », en fait bien plus souvent Gascons, pillards, paillards, soiffards, semblent toujours rôder quelque part en Vendômois, autrement qu'en simples touristes ! En 1421, de nouveau, la ville est prise : le Dauphin Charles VII doit fuir la ville et se retrancher avec ses partisans au Gué-du-Loir. Et en 1424, le Comté est donné par le Régent d'Angleterre à un chevalier anglais, Robert de Willoughby, qui en jouit effectivement jusqu’en 1430.
On peut donc dire en conclusion que les remparts, les portes, et tout ce qui subsiste par conséquent, datent du 13e et 14e siècles, avec des adjonctions purement décoratives de la Renaissance en ce qui concerne la porte Saint-Georges, comme nous verrons plus loin.
Comme le montre le plan, ils formaient en gros un demi-cercle et entouraient toute la partie de la ville comprise entre le grand bras du Loir au pied du château et la rivière Saint-Denys au Nord. Ce dernier cours d'eau était à l'origine beaucoup moins important que de nos jours. Il fut élargi au 14e siècle précisément pour servir de douves au mur d'enceinte, et muni d'une vanne et d'un déversoir à la « porte d'eau » afin d'assurer un niveau d'eau normal aux moulins, à celui du Pont Perrin en particulier, en périodes d’eaux basses. En outre, on pratiqua des dérivations de manière à ce que l'enceinte fut partout entourée d'eau. A la fin du Moyen-Age, les murailles défensives se rencontraient ainsi qu'il suit :
La porte Saint-Bié, au Sud, était flanquée de deux tours dont on trouve la vue dans l'album Launay (Bibliothèque Municipale). Ces tours paraissant inutiles pour la défense à la fin du 16e siècle, furent données en location à des particuliers. La tour du guet au pont Saint-Bié existait encore en l'An XI de la République.
La muraille courait parallèlement au Loir vers l'Ouest, jusqu'à la porte Saint-Georges : elle n’était percée que d’une seule ouverture donnant accès au Pont Neuf (derrière les halles actuelles). Elle disparut morceau par morceau au cours du 18e siècle, détruite par les habitants de la rue Guesnault et de l’ancienne rue Saulnerie qu’elle empêchait d'accéder à la rivière.
En face, sur l'autre rive, il y avait une autre muraille forte, parallèle à la précédente. Elle fermait la baille, défense extérieure du château constituée par la rue Ferme (de firmata = fortifiée). Une poterne, qui existe encore dans son état primitif, commandait l'accès du Pont Neuf du côté du château.
A partir de la porte Saint-Georges, la muraille courait encore un peu vers l’Ouest jusqu'à une tour d'angle appelée au 16e siècle la tour aux Chéreaux, située à peu près derrière la clinique actuelle, puis tournait vers le Nord, laissant par une poterne, passage à aller au moulin Frinquembault situé sur l'Eve du même nom, appelée encore Fossé-le-Comte, et remontait ce cours d'eau qui servait de fossé de défense. Elle passa sur l’arche Saint-Pierre de la Motte qui laissait s'écouler l'eau du canal de ce nom, puis sur l'arche aux Bourreaux, sous laquelle passait le cours d'eau de la Chévrie (qui passe aussi devant le Saillant). Là la muraille était encore percée d’une poterne permettant l’accès à l’île Madeleine où se trouvait un moulin, enfin gagnait la porte Saint-Michel en longeant le canal du Dos d'Ane Saint-Michel qui est aujourd'hui comblé.
La porte Saint-Michel ou porte Méresse (métathèse probable de Hermès ou Mercure) se trouvait située à vingt mètres environ du pont actuel, en face de la rue de la Mare. Elle était, comme les autres portes, flanquée de deux tours et servit de prison au 15e siècle. Elle fut démolie en 1807 en même temps qu'on construisait le pont.
A partir de cette porte, la muraille suivait les fossés du Mail et, garnie de plusieurs tours, aboutissait à la Porte Chartraine, due à l'initiative de Saint-Louis en 1227. Flanquée de deux tours, elle s'était écroulée en 1651, à la suite d'une crue qui avait entraîné le pont lui-même. On acheva de la détruire en 1738.
La muraille suivait encore le cours de la rivière Saint-Denys, garnie de la tour de l'Islette encore debout, et qu'il s'agit de restaurer, jusqu’à l'arche des Grands-Prés (porte d'eau). Cette dernière se trouvait flanquée de deux tours. L'une d'elles (Tour des Cordeliers), s'écroula partiellement lors de la crue de 1665 et disparut totalement en 1785. L'autre conservait le nom de Tour Parisienne. Elle devait, jadis, flanquer une porte qui donnait accès à la rue du même nom, cette porte ayant disparu dès le 13e siècle quand on construisit la Porte Chartraine.
A partir de cette porte des Grands-Prés, la muraille cessait presque aussitôt d'appartenir au Comte pour faire partie des dépendances de l'Abbaye. Munie de tours carrées et non plus rondes, elle tournait vers le Sud, courant parallèlement à la rivière du Dos-d'Ane, puis d'un fossé de défense qui séparait l'Abbaye des Petits-Prés, là où se trouvent les écuries du Quartier Rochambeau. Le mur s'arrêtait à environ 40 pas avant d'aboutir à la rivière, et se terminait là par une grosse tour carrée, puis tournait vers l'Ouest, laissant entre lui et la rivière un marécage qui au 17e siècle fut converti en potager pour les moines.
Un peu avant d'arriver à la rue du Pont Saint-Bié, il aboutissait à une tour ronde, puis remontait jusque vers les Grands-Greniers, formant à proprement parler la clôture de l'Abbaye. Mais entre cette tour ronde et la porte Saint-Bié, devait se trouver encore une muraille de ville dont la trace a disparu. La porte Saint-Bié fermait donc le pont et ne fut démolie qu'au début du 19e siècle, un peu avant la porte Saint-Michel.
Ces murailles appartenaient à l'origine au Comte. Leur entretien était une très lourde charge en raison surtout des crues du Loir qui les minaient. L'histoire de la Ville est jalonnée d'inondations catastrophiques. A certaines périodes, tous les ans ou presque, il fallait refaire un pont ou un autre - ils étaient d'ailleurs tous en bois. Dans l'hiver de 1650-51, par exemple, le Loir emporte deux ponts, Chartrain et Saint-Michel, abat toutes les tours entre les deux. On peut voir sur le plan du 17e qu'il n'existe plus de muraille en cet endroit. A peine a-t-on le temps de les reconstruire que la grande crue de 1665 emporte le pont Saint-Michel de nouveau, et fait s'écrouler la plus grande partie de la muraille entre le pont Chartrain et l'arche des Grands-Prés (il reste la marque de cette inondation sur le mur Sud de l'église de la Madeleine). Le pont Chartrain est le premier à être construit en pierre en 1691. A une époque plus récente, le pont Saint-Michel reste impraticable pendant quatorze ans, de 1793 à 1807 !
On conçoit donc aisément que le Comte ait cherché très tôt à se débarrasser du fardeau des remparts. Il y parvint en 1467, d'une façon assez élégante. Il en concéda (sic) la propriété aux habitants, à charge pour eux de les entretenir, bien entendu ! Il leur permit par la même occasion, dans sa libéralité, d'utiliser la porte Saint-Georges comme Hôtel-de-Ville, et leur octroya la pêche des fossés. La garde desdites murailles fut dès lors ipso facto confiée à la milice bourgeoise (quatre compagnies avec un capitaine et un ou deux lieutenants à chaque porte). Au 18e siècle on cessa d'entretenir les fortifications, on permit de les percer pour construire des lavoirs.
Puis, la ville cherchant à son tour à se débarrasser du fardeau des réparations, vendit l'emplacement à des particuliers et en autorisa la démolition. C'était une bonne affaire pour tout le monde car les gens se servaient des pierres du mur et des tours, tout en gardant les fondations du 13e pour les y asseoir.
Je partirai comme précédemment du pont Saint-Bié. La plupart des maisons de la rue Ferme reposent sur l'ancienne muraille de la baille du château. C'était là que, traditionnellement, demeuraient les chanoines de la Collégiale Saint-Georges. De la porte qui fermait à l'Est la rue Ferme, il reste toute la partie droite : deux tours et un corps de logis dont le toit a été refait à peu près dans le style au cours du 19e siècle semble-t-il. Ce bâtiment a été aménagé comme annexe de l'Hôtel du Château.
La maison du numéro 12 est restée presque intacte. Elle est adjointe à la poterne de l'ancien Pont Neuf qui débouchait de l'autre côté, derrière le marché couvert actuel. Cette poterne est la seule qui soit restée à peu près dans l'état où elle se trouvait au Moyen- Age, et date de la fin du 13ª ou du début du 14º siècle. Elle comporte une arcade ogivale de deux mètres soixante-dix d'ouverture. A sa droite, se trouvait une petite porte pour piétons, aujourd’hui murée. On peut encore voir les feuillures où se logeaient les tabliers du pont-levis d'une largeur intérieure de quatre mètres. La hauteur jusqu'au toit est de huit mètres cinquante. Elle servit de prison jusqu'à la fin du 18e siècle et Babeuf y aurait été enfermé pendant la longue instruction de son procès. L'ancienne maison de chanoine qui y est adjointe garde encore la chapelle, dénommée Saint-Joseph des Geosles où se célébrait le mariage des prisonniers.
Le dimanche 19 novembre 1589, la voûte de cette poterne a vu passer, en une fuite éperdue, les ligueurs qui, mal distribués derrière les murailles du château, n'avaient su ni défendre la capitainerie ni même se retirer à temps. Ils eurent beau dégringoler le raidillon de la Montagne, à eux s'étaient mêlés les soldats d'Henri IV qui les poussaient l'épée dans les reins. Ils n'eurent pas le temps matériel de relever le pont-levis, L'ennemi franchit avec eux le Pont Neuf et ainsi pénétra dans la ville sans coup férir. Après un bref combat, les soldats s'emparèrent immédiatement du gouverneur Maillé-Benehart, dont le logis était situé exactement à l'emplacement de la pharmacie de la place du Marché, et l'emmenèrent place Saint-Martin où il fut décapité.
La porte Saint-Georges est trop connue pour qu'on s'y arrête longuement. Le bâtiment date également du 14e siècle, mais l'élégante façade du pont, les créneaux légers qui la couronnent, les médaillons sculptés qui la décorent, datent de la Renaissance. Marie de Luxembourg, Comtesse de Vendôme, en fut l'instigatrice au début du 16e siècle. Les deux portes primitives, l'une pour les charrois, l'autre pour les piétons, en tous points semblables à celles de la poterne de la rue Ferme, furent réunies en une seule, plus large, en 1809, pour permettre le passage de l'artillerie qui se rendait en Espagne. On peut encore voir sur la façade du côté du Loir, les traces des tirs de l'artillerie d'Henri IV, installée sur les hauteurs dominant Saint-Lubin.
Derrière Saint-Pierre-la-Motte il reste environ quarante mètres de muraille. Un peu plus loin, demeure encore debout l'arche aux Bourreaux. On l'aperçoit quand on se tient sur le pont de la rue Poterie, anciennement pont de la Chévrie du nom de la rivière qu'il enjambe.
Un autre vestige important est la tour de L'Islette, à gauche du pont du Change, anciennement pont Chartrain. Ses puissantes fondations ont défié les crues sans nombre qui ont abattu toutes celles qui l'accompagnaient le long de la rivière Saint-Denys.
Pius loin, enfin, la porte d'eau ou arche des Grands-Prés, d'une rare élégance, et puis une dizaine de mètres de muraille dans le jardin du presbytère, derrière l'abbaye.
On l'appelle aussi Tour des Templiers, ce qui fait plus romantique mais est chronologiquement inexact, ou encore Tour des Cordeliers, en raison de la proximité du couvent de cet ordre qui avait supplanté la maison des Templiers.
L'ordre des Templiers, fondé en 1118, s'était établi très tôt à Vendôme, vers 1140, attiré par Mathilde de Châteaudun, femme du Comte Geoffroy Grisegonelle. L'emplacement, acheté par le Comte pour le leur concéder, était dans le fief du Prieur de Lavardin, hors la ville qui, à cette époque, était limitée au Nord par le canal du Pont Perrin. Il était situé dans les prés compris entre le-dit canal et la rivière Saint-Denys, devenue depuis le fossé de la ville. Ce terrain comprenait donc toute la partie en arrière de la rue du Change actuelle jusqu'à la rue du Puits. C'est là que les Templiers construisirent leur église qu'ils dédièrent à Saint-Jean-Baptiste, et leur couvent.
Ils reçurent également un fief derrière le château qui a donné son nom au village du Temple, et un autre à Saint-Lubin près de Fréteval.
Ils vendirent leur maison en 1223 aux Cordeliers ou Frères Mineurs, et se retirèrent sur le coteau où ils fondèrent un prieuré qu’ils conservèrent jusqu’à leur dissolution en 1312. Ils passent encore pour avoir vendu aux Cordeliers un fief proche du Gué-du-Loir et sur le coteau où ils fondèrent un prieuré qu'ils conservèrent jusqu'à leur dissolution en qui devint le château de la Bonaventure.
Les Cordeliers, moines mendiants, fondés au début du 13e siècle par Saint-François- d'Assises, menaient une vie austère. Leur éloquence, le prosélytisme, le fanatisme de leur supérieur, le père Chessé, poussèrent les vendômois à se révolter en 1589 contre Henri IV, Duc de Vendôme, leur légitime seigneur, et furent ainsi grandement responsables de la mise à sac de la ville. Henri IV était fou de rage. Le père Chessé fut pendu, le couvent pillé de fond en comble, les moines mis à mort. Ils ne purent rétablir leur couvent dans son état primitif qu'en 1743, reconstruction qui précéda de fort peu leur décadence. En 1784, il n'y avait plus que deux religieux dans une maison faite pour en contenir plus de cinquante. Ils furent réunis aux Cordeliers de Blois en 1789. Leur couvent fut alors racheté par les Directeurs du Collège qui le revendirent aux Dames Calvairiennes en 1814. Celles-ci restaurèrent l'église des Cordeliers en 1819.
C'est cette dernière qui fut abattue il y a six ans, en mai 1969, alors que le gros œuvre était encore en fort bon état. On ne sait exactement quand elle avait été reconstruite, tous les documents ayant été brûlés par les troupes d'Henri IV, mais elle datait probablement de la fin du 13e ou du début du 14e, et était par conséquent contemporaine des murailles et de la tour de l'Islette toute proche. Le cloître a, par contre, été remarquablement préservé. II fait partie de la maison de retraite actuelle, rue du Puits, et est ouvert au public.
Le jardin du Calvaire, toujours à peu près tel qu'il était, couvrait l'espace de terrain compris dans l'angle formé par le canal Saint-Denis, le Dos d'Ane en pointe et le canal du Pont Perrin. A l'angle, appuyée sur la chute d'eau du Dos d'Ane, se trouvait une tour faisant partie des murailles de la ville et qui fut abattue par l'inondation de 1665. Les murailles mêmes disparurent totalement au 19e siècle et les arbres qui étaient au-dehors furent compris dans l'enceinte du couvent, ainsi reportée au bord de l’eau. Une partie de l'ancien jardin a été convertie en parc à voitures, au pied de la tour de l'Islette.
Le premier étage de celle-ci, difficilement accessible en l'état des lieux, est fort remarquable. Il possède une vaste cheminée en arc surbaissé, absolument intacte; l'appareil en belles pierres d'un blanc éclatant est très soigné. Sur la face Nord, une fenêtre munie d'une grille qu'on aperçoit du dehors est munie de deux bancs de pierre. L'épaisseur du mur, considérable, est percée d'une voûte en plein centre, évasée vers l'intérieur. Deux portes faisaient communiquer cette salle de garde avec le chemin de ronde qui subsiste en partie. L'une d'elles est encore dans son état primitif, l'autre a été murée. Enfin il subsiste une meurtrière sur la face ouest.
La tour de l'Islette est depuis très longtemps laissée à l'abandon. Une gravure de 1845 la représente telle qu'elle est aujourd'hui. Heureusement les fondations semblent solides puisqu'elle a subi sans encombre d'innombrables crues dévastatrices. On en possède des dessins en coupe très précis, faits par Launay au 19e siècle, mais à ma connaissance pas de dessin en élévation. On peut toutefois se faire une idée assez précise de sa hauteur primitive en se rapportant aux tours de la poterne de la rue Ferme, soit environ neuf mètres sous toiture. Il est difficile de savoir quelle était la forme de cette toiture. Si on sę rapporte au vaste dessin de la ville au 17e siècle qui est conservé au musée du château, on constate que de nombreuses tours des remparts étaient simplement crénelées et ne portaient pas de toiture. Cependant, les tours de portes, même modestes, étaient en poivrière. C'est le cas en particulier des poternes fortifiées qui fermaient la rue Ferme à l'Est et à l'Ouest.
Cette disposition est assurément plus élégante. Il appartiendra à l'architecte et au maître d'œuvre qui seront chargés de la restauration de trouver une solution qui concilie l'esthétique et les impératifs financiers. L'essentiel est que soit sauvée la dernière tour des remparts qui subsiste, car elle incarne toute l'histoire de notre ville depuis 700 ans.
Trop de nobles bâtiments ont été détruits dans un passé récent, souvent par simple négligence ou par caprice. Songeons au cloître de la Trinité dynamité en 1901 par le Génie Militaire, à la maison du Gouverneur, place des Halles, dont le gros œuvre avait résisté aux bombardements, rasée en 1946, à l'église des Cordeliers, enfin, abattue en 1969.
En menant à bien la restauration de Saint-Pierre-la-Motte, cette admirable chapelle romane qui elle aussi semblait condamnée, Résurgence a prouvé qu'il était possible de sauver des monuments en péril sans frais exorbitants, à condition de ne pas attendre qu'ils soient irrémédiablement en ruines. C'est l'affaire de tout le monde. De tous les Vendômois, bien sûr, de tous les hommes de goût, en France et ailleurs, que le nom de Vendôme ne laisse pas indifférents.
R. LEPALLEC
Juin 1975
Cette monographie de 12 pages 16,5 x 21 cm a été imprimée à Vendôme grâce aux Presses Universitaires de France.
Ceux qui connaissent bien Vendôme et Résurgence auront compris que l'appel vibrant de René Lepallec pour le sauvetage de la tour de l'Islette a été entendu. La tour a en effet reçu pendant 5 années, de 1977 à 1982, les soins des membres de l'association et a retrouvé sa fière allure. Vous pouvez la visiter tous les ans pour les Journées Européennes du Patrimoine avec les guides conférenciers de la ville qui en est propriétaire.
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